« Si les “Ricains” n’étaient pas là »…

14/03/2013
in Category: Bières nord-américaines
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« Si les “Ricains” n’étaient pas là »…

Après quatorze mois d’existence et une 2013_03_14_Sierra_nevada_porter_01trentaine de chroniques, Yapasquelakro ne s’était encore jamais penché sur le cas d’une bière américaine. Triste oubli. Qu’il est maintenant temps de réparer. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas si longtemps que cela, quarante ans tout au plus, l’Amérique a sauvé le monde brassicole, perdu alors du côté obscur. Si les Ricains n’étaient pas là, nous serions tous à boire je ne sais quoi. Des liquides tristes, sans âme, sans présence. Bref, de la bière industrielle, ultra-standardisée. Heureusement, le rêve américain s’est exaucé. Et les libiérateurs nous ont sauvés. Parmi eux, Ken Grossmann, fondateur de la Sierra Nevada Bewing Company.

“En 1978, les autorités américaines autorisent le brassage à domicile.”

Tout commence sur la côte ouest américaine. En Californie, notamment. Nous sommes en 1965 et à San Francisco, Fritz Maytag investit dans une petite fabrique, Anchor BC, pour empêcher sa fermeture. Partout ailleurs, aux États-Unis, en Europe ou au Pérou, les brasseries se meurent. La bière, ç’a eu payé, mais ça ne paye plus. Et ça se conjugue au singulier. Peu importe son producteur, peu importe l’étiquette, elle est industrielle, adoucie à l’extrême. Un modèle unique. Mais Maytag, un peu tout seul, un peu dans son coin, vit son rêve avant de faire des émules. En 1978, les autorités américaines autorisent par décret le brassage à domicile. Chacun a le droit, désormais, de créer sa propre bière, dans son garage, son jardin ou sa cuisine. Le filon est, pour de bon, ouvert. En 1984, les États-Unis comptent 84 brasseries. Depuis, près de 1 500 ont été créées. Avec, à chaque fois, le même but : rendre à la bière sa diversité originelle. Les brasseurs s’inspirent alors d’anciens styles européens. Et recréent parfois des bières disparues sur le Vieux Continent.

La démarche de Ken Grossman s’inscrit en plein dans ce mouvement. Aidé d’un ami, Paul Camusi, il ouvre Sierra Nevada en 1979, à Chico, au nord de la Californie. Les premiers brassins sont lancés en 1980. Avec la volonté de créer des « bières audacieuses et sauvages, dans le respect de la tradition mais avec la passion de l’innovation ». Avec l’objectif de « repousser les limites de la bière artisanale, en attendant le jour où les bières savoureuses seront la norme dans le monde entier ». On y vient, les amis, on y vient.

Aujourd’hui, Sierra Nevada propose 13 styles différents tout au long de l’année, plus quelques cuvées spéciales. La brasserie possède sa propre plantation de houblon et ses champs d’orge, ainsi qu’un second site de production, en Caroline du Nord. Elle est aussi proche de produire la totalité de ses besoins énergétiques grâce à l’une des plus grandes installations solaires privées des États-Unis.

“Le porter, oublié en Europe, réinventé aux États-Unis.”

Parmi les 13 styles produits, Sierra Nevada propose un porter. Soit justement l’un des types abandonnés en Europe et réinventés de l’autre côté de l’Atlantique. Pour le porter, tout commence à Londres, au début du XVIIIe siècle. Melissa Cole, dans son ouvrage « Tout sur la bière » :

« Il y avait à cette époque une boisson très demandée dans les estaminets londoniens, le three threads (trois fils), mélange de plusieurs bières plus ou moins fortes selon leurs prix. À la suite d’une heureuse erreur, certains brasseurs utilisèrent un mélange nouveau de malts pâles et foncés qui permit d’obtenir en un seul brassage le three threads le plus recherché, et pour moins cher. Cette innovation fut un succès […] Et cette bière devint la porter, en raison de son énorme succès auprès des débardeurs (les porters) qui transportaient du fret dans les rues et sur les voies d’eau de la capitale. »

Le porter est vite devenue la première bière de l’histoire produite à l’échelle industrielle. Avant de tomber en désuétude, dépassée par sa version plus forte, le stout. Un stout que les brasseurs ont tendance aujourd’hui à adoucir, si bien qu’il est désormais bien délicat de parvenir à différencier les deux styles.

La fiche technique :

  • Nom : Sierra Nevada Porter.
  • Brasserie : Sierra Nevada Brewing Company.
  • Type : porter.
  • Teneur en alcool : 5.6 %.
  • IBU : 40,2.
  • DLUO : mars 2013.
  • Pays : États-Unis (à Chico, en Californie).

À l’œil : bière noire. Mousse légère et brune.

Au nez : pointe de café frappé en amorce, mais globalement plus proche du chocolat noir avec une touche de cerise confite.

En bouche : café très grillé. On retrouve un tout petit peu l’arôme de cerise. Belle longueur en bouche, bien équilibrée.

Note : 15/20. 

Deux dernières petites remarques pour terminer. Un remerciement, d’abord, à Michel Sardou pour m’avoir suggéré le titre. Et un autre au FHL, le Front hexagonal de libiération, pour le jeu de mots facile mais efficace de l’introduction.

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